12 cordes

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LA GUITARE DOUZE CORDES

L’un des tout premier solos de guitare jazz jamais enregistrés l’a été par Lonnie Johnson (1899-1970) sur le titre « The Mooche » de Duke Ellington en 1928, sur une modeste guitare Stella douze cordes sortie des imposants ateliers américains de l’Oscar Schmidt Company, faisant d’elle une véritable, sinon séminale, guitare de jazz !

S’il semblerait que la guitare douze cordes soit à nouveau – après l’introduction erratique de la corde métallique – imputable dans la pratique à quelques vaqueros mexicains qui avaient besoin de puissance harmonique pour se faire entendre, on attribue plus généralement la création et la commercialisation des guitares douze cordes aux Américains du Nord.

Ainsi, la guitare douze cordes n’est qu’une énième expérience acoustique pour pallier le faible volume de l’instrument. Sur le modèle de tous les instruments à cordes doublées en « chœurs » comme la mandoline, le luth ou la famille des bouzouks orientaux, la guitare y gagne un volume harmonique flatteur et généreux qui soutient les chanteurs les plus vigoureux. À ce titre, nombreux sont les bluesmen qui, dans les années vingt et trente, ont adopté cet instrument et parmi eux, les noms de Lead Belly (1880-89?-1949), de Blind Willie McTell (1898-1959) et d’une quelconque manière celui de Big Joe Williams et sa neuf cordes bricolée ont inspiré jusqu’à un Jimi Hendrix (1942-1970) lorsque celui-ci s’assied devant une caméra pour interpréter son Hear my Train Coming à la manière blues old school.

Les guitares des facteurs américains Martin, Gibson en acoustique et Rickenbacker, Fender, Danelectro, Gretsch en électrique, les sublimes Guild qui ont redéfini le concept même de la douze cordes, les Taylor, Takoma, puis les japonaises Ibanez, Takamine, Yamaha, sont autant de valeurs sûres qui fleurissent toujours au printemps dans les désirs des guitaristes ! On notera que les guitares Taylor et Takoma, parfois boudées pour leur modernité dans le son, font pourtant l’unanimité auprès des guitaristes amateurs de douze cordes puisqu’elles offrent une jouabilité moderne très aisée.

En Europe, c’est à Jacques Favino que l’on doit la première douze cordes jouée par tout ce que la variété française pouvait compter de plus fameux, depuis Hugues Aufray en passant par Michel Polnareff et consorts… Les allemandes Framus, italiennes Eko et italo-anglaises Vox suivront.

Après les douze cordes du blues, on se doit de mentionner celles du style folk-rock, dont les musiciens ont fait un abondant usage dans les années soixante et soixante-dix. Citons par exemple les Rickenbacker de John Lennon (1940-1980) et de son épigone américain Roger McGuinn (1942) chez The Byrds, la piste de guitare rythmique acoustique du titre Wish You Were Here de David Gilmour (1946) sur l’album éponyme, les Hagstrom acoustique et électrique de David Bowie (1947-2016) et Frank Zappa (1940-1993), la double manche 6/12 cordes Gibson EDS 1275 de Jimmy Page (1944), le plus intimiste mais mémorable Shaw Phillips (1943) au bras de sa Gibson B45-12. Ceci étant dit, on se doit de faire le distinguo avec les véritables instrumentistes entièrement dévolus à cet instrument atypique et dont on retiendra deux très grand noms : celui de l’américain Leo Kottke (1945) qui a développé des techniques nouvelles et complexes dédiées à l’instrument, et le français Michel Gentils (1956) qui, sur ses modèles Jean-Pierre Favino, a su donner à cet instrument des lettres noblesses proprement artistiques, au-delà même de l’utilisation tout aussi poétique d’un Pat Metheny (1954) dans les mains duquel la douze cordes revient dans le giron du jazz ! Tout est dans tout.

Pour terminer ce petit tour d’horizon de la guitare douze cordes, une nota bene sur le montage dit « Nashville tuning » qui consiste à ne monter sur une guitare six cordes standard que les six petites cordes de la guitare douze cordes ! Il donne à entendre une couleur de son fraîche et perlée que les musiciens country-western de studio aimaient mixer en stéréo avec une prise en accordage standard. L’effet est aussi charmant et qu’enveloppant. À tester sur une de ses guitares ! Quelques marques de cordes, dont Martin, proposent un jeu de corde composé en « Nashville tuning ».

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