Fender Stratocaster de 1963, en superbe état de conservation et d’origine.
Ce modèle a régné en maître sur le paysage de la guitare solidbody durant la seconde moitié des années 50 et tout au long des années 60, détrônant les modèles fondateurs Telecaster et l’Esquire. Et pour cause : à l’inverse des deux premiers modèles plébiscités par les joueurs de country et western swing, pour beaucoup issus de la Silent Generation – les Américains nés dans le creux de la vague de la Grande Dépression et de la crise économique jusqu’à l’amorce de la Seconde guerre mondiale, dont l’univers culturel est grandement caractérisé par des valeurs traditionalistes et par la frugalité caractéristique de leur époque – la Stratocaster est devenu l’incarnation d’une nouvelle musique jugée subversive et décadente entre les mains d’autres membres plus libéraux de la Silent Generation (Buddy Guy, Buddy Holly, Jimi Hendrix…) dont le flambeau est immédiatement saisi par la génération suivante de musiciens. Ainsi, cette guitare légendaire accompagnera dans un premier temps les pas de dance toujours plus impudiques (!) des jeunes rock’n’rollers à la fin des années 50, jusqu’à devenir la patte sonore de l’immense phénomène contre-culturel, antiautoritaire et à bien des égards révolutionnaire qui explose dans la décennie suivante, galvanisé par les tensions intergénérationnelles sur fond de mouvements de lutte pour les droits civiques, de contestation de la guerre du Vietnam et d’expérimentations psychédéliques – le hard rock et le rock psyché ont fait leur oeuvre.
La Stratocaster est parfaite dans ce rôle, introduite en 1954 avec une forme iconoclaste qui, pour la première fois, n’a presque rien de l’apparence que l’on associerait à une guitare (même la Telecaster comportait des lignes esquissant celles de l’instrument tel qu’il était arrivé d’Europe), exploitant pleinement les possibilités ouvertes par la construction à partir d’un bloc de bois solide. Le corps asymétrique à double pan coupé est pensé pour le confort et l’ergonomie, avec des bords arrondis et détourés pour accommoder le bras et la panse du musicien. Par ailleurs, la configuration à trois micros simple bobinage et son chevalet vibrato Synchronized Tremolo en font un outil polyvalent qui lui permettra de devenir l’instrument de choix des premières stars du rock’n’roll naissant – citons en particulier Buddy Holly, dont le style de jeu unique est intimement lié à cette guitare, et dont on ne peut que regretter qu’il n’ait eu l’occasion de le développer plus avant à cause de sa disparition prématurée… L’influence de Holly et de ses contemporains rockers aura cimenté la popularité de la Stratocaster auprès du public américain et boosté ses ventes, contribuant ainsi grandement à l’expansion de l’entreprise Fender qui passe d’une petite affaire employant tout au plus quelques dizaines de travailleurs à un fabricant majeur doté d’un complexe de production comprenant 27 bâtiments dans lesquels besognaient pas moins de 600 employés au total, tout en l’espace d’une décennie.
À l’aune des années 60, un nouveau phénomène musical fait son apparition sous la forme de la surf music – un genre principalement caractérisé par ses compositions instrumentales tapageuses, remplies de roulements de toms et de caisse claire, de solos de saxophone, et surtout de riffs de guitare noyés dans de la spring reverb. Les morceaux apportent une couleur particulièrement exotique dans le paysage musical de l’époque, et excitent l’imagination des jeunes Américains dont beaucoup vivent loin des côtes ensoleillés de la Californie. Ainsi, selon les mêmes modalités qu’un phénomène similaire survenu 45 ans auparavant avec l’avènement de la musique hawaiienne qui avait propulsé les ventes de ukulélés et slide guitars, une nouvelle génération de musiciens vient gonfler les rangs des guitaristes, faisant souvent le choix de la Stratocaster qui était à l’époque le modèle professionnel le moins cher équipé d’un vibrato – les Jazzmasters et Jaguar ayant pris l’ascendant dans le catalogue. Ils se retrouvaient ainsi émules de leurs idoles du surf rock joueurs de Strat – nous pensons bien sûr aux Ventures et aux Surfaris, mais principalement à Dick Dale, le King of the Surf Guitar, qui parlait de son instrument fétiche selon les termes suivants : “For the particular sound you want – punch, power, a driving force of true rock and roll – you’ve got to play a Stratocaster”. Nous pouvons de même évoquer l’importance, plus proche de chez nous, de Hank Marvin et des Shadows qui auront également fait des prescripteur par excellence de la Stratocaster au Royaume-Uni et en Europe – et en cela auront été grandement responsable des commandes qui affluent dans la première moitié des années 60 pour des Stratocaster portant une Custom Color Fiesta Red !
L’instrument présenté ici voit le jour au coeur de l’âge d’or de la surf music et alors que l’ère Fender pre-CBS atteignait son paroxysme. Les Strats pre-CBS sont essentiellement caractérisées par deux éléments : leur finition Sunburst 3-tons déclinant du noir au jaune en passant par le rouge, et le manche en érable surmonté d’une touche en palissandre – sur ce modèle de 1963, l’épaisseur de palissandre est fine et plaquée sur le manche en érable qui est doté d’un radius. Cette construction est dénotée veneer board, par opposition à la construction précédente dite slab board où Fender employait une épaisse conséquente de palissandre collée à plat sur le manche. La raison avancée pour ce changement est la différence de retrait des deux essences de bois sous l’effet des variations hygrométriques, plus difficiles à corriger sur une slab board qu’une veneer board – bien que des motifs économiques semblent aussi tout à fait plausibles ! On retrouve par ailleurs le logo spaghetti – un héritage de la décennie précédente, présent sur les Stratocasters pendant encore quelques temps après la production de cette guitare avant d’être remplacé par un logo plus large dit de transition, à l’identique de celui déjà présent sur les Jaguar et Jazz Bass ; les incrustations de touche dites clay dots ; un pickguard en acétate de cellulose dont la couleur a tourné au vert comme c’était fréquemment le cas avant que Fender ne les remplacent par une plaque en ABS ; un jeu de six mécaniques individuelles Kluson Deluxe. Tous ces éléments, ainsi que les trois micros simple bobinage grey bottom, le câblage en fil tissu ainsi que les potentiomètres datés à la bonne année et le condensateur de tonalité sont d’origine. Voici donc un exemplaire pur d’une guitare mythique, préparée et réglée pour le jeu, prête à repartir pour encore des décennies de jeu.
Vendue dans son étui Fender white tolex d’origine, avec un superbe ensemble d’accessoires originaux : tige de vibrato, câble jack, sangle, étiquette pour l’étui, cache-chevalet ashtray. Ce lot est complété par une reproduction du catalogue Fender 1963-1964. La guitare est vendue accompagnée de son certificat d’authenticité réalisé par Jérôme Casanova.
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