Hollowbody

LA GUITARE HOLLOWBODY

L’usage anglo-saxon veut que l’on range dans la catégorie des guitares dites hollowbody tous les instruments amplifiés qui, contrairement à la guitare solid body, conservent tout ou une partie de leur caisse de résonance, qu’elle soit plus ou moins profonde, avec poutre centrale ou non, mais qui, comme la solid body, ne peut être efficiente qu’une fois branchée dans un amplificateur. Bref, une hollowbody c’est une guitare acoustique fine ou épaisse, un brin aphone, qui ne fonctionne qu’avec des micros embarqués sur sa lutherie !

Il n’est pas abusif de dire que la Gibson ES-150, première guitare électrique de type « espagnole » commercialisée en nombre dès 1936, est la mère de toute hollowbody. Comparée à une guitare strictement acoustique comme la Gibson L-50 avec barrage en X à partir de laquelle la Gibson ES-150 est du reste conçue, le modèle électrifié empesé de son microphone et son électronique, certes minimale, n’a plus la réponse purement acoustique suffisante et nécessaire pour se faire entendre ne serait-ce qu’en s’accompagnant au chant. Par contre, une fois branché, il peut rivaliser avec un saxophone. Ce que fit Charlie Christian (1916-1942) dont la qualité de toucher reste aujourd’hui inimitable sur ses Gibson ES-150 et ES-250.

Ainsi le son du jazz électrique est il né et les guitares de ce style qui suivirent, notamment chez un Gibson une fois encore innovateur, furent toutes hollowbody à caisse de résonance plus ou moins imposante et diapason plus ou moins long : Gibson Super 400 CES, Gibson L-5 CES, Gibson L-4 CES, Gibson ES-175, Gibson ES-5, Gibson ES-125, Gibson ES-225T, Gibson ES-300, Gibson ES-350T, Gibson Switchmaster, Gibson Byrdland, les modèles artistes Gibson Barney Kessel, Gibson Tal Farlow, Gibson Trini Lopez, le modèle Gibson Johnny Smith avec un micro flottant non vissé dans la table, ont défini les contours du genre. Que cela soit Gretsch, ou Guild et sa grande gamme de guitares hollowbody originales très réussies – le modèle Guild Artist Award est un parangon du genre -, toutes sont redevables aux créations des ateliers Gibson.

En 1958, Gibson toujours introduit le modèle Gibson ES-335TD (traduisez Electric-Spanish for US$ 335, Thin body with Double pickups) qui comporte une innovation majeure : une poutre centrale en bois plein et léger, collée entre le fond et la table tout le long de la caisse de l’instrument et qui a la double vertu de se débarrasser de l’effet larsen des hollowbody -comme sur une solid body en somme – mais avec l’avantage de garder une aération naturelle dans le son grâce aux deux cavités de la guitare de part et d’autre de la poutre. Le meilleur des deux mondes en quelque sorte ! Une invention qui rappelle le prototype « the log » inventé par Les Paul en 1941 : une traverse de chemin de fer équipée de micros fait maison et flanquée de deux bouts d’une caisse de résonnance d’une Epiphone ! Plus encore que le modèle Les Paul lui-même, qui doit aussi beaucoup aux directives de Théodore Mc Carty (1909-2001) qui dirige alors l’entreprise, la ligne des Gibson thinline hollowbody lancée en 1958 emprunte à ce prototype. Du reste, si l’on devait imager la différence subtile entre une Gibson Les Paul solid body et une Gibson Es-335 semi-hollowbody, nous pourrions dire que la première est le parfum et la seconde l’eau de toilette, ou encore l’huile essentielle pure versus diluée, la première plus minérale et liquide, la seconde plus végétale et boisée. La compression des basses sur une hollowbody thinline à tasseau interne, dite semi-hollowbody  ou semi-solid, a quelque chose de plus naturel et les aigus donnent à entendre des médiums plus pleins. 

Aussi, face au succès plus que relatif de la Gibson Les Paul et à son échec bientôt effectif au tout début des années soixante (le modèle ne reviendra en odeur de sainteté qu’à la faveur du blues boom de la fin des années soixante), Gibson sort donc en 1958 une gamme entière de ces guitares hybrides entre hollowbody et solid body : Gibson ES-335 puis Gibson ES-345, Gibson ES-355 avec câblage stéréo, et enfin, devant le succès sans frein de ce type de modèle, Gibson met sur le marché un modèle économique de même aspect général, la Gibson ES-330, qui pour autant dans ses premières moutures ne comporte pas de poutre centrale et la renvoie juste à une hollowbody thinline telle que la Gibson ES-125T ou Gibson ES-225T.

La grande polyvalence de ces guitares semi-hollowbody, leur poids souvent plus raisonnable que celui d’une solid body, leur versatilité, et aussi leur belle esthétique symétrique à double échancrures en ont fait un instrument privilégié des bluesmen électrique dont l’image ne saurait en être séparée. Tous pour aussi dire ont joué et jouent encore un modèle semi-hollowbody de Gibson, d’Epiphone ou de Guild. Par ailleurs, les japonais Ibanez, Greco ou Yamaha, pour ne citer qu’eux, ou les allemands Framus et Höfner copieront à l’envie et l’excès ces prestigieux modèles. 

La guitare de blues est donc par excellence bien souvent une semi-hollowbody, il suffit pour s’en convaincre de penser à la « Lucille » du patron BB King (1925-2015), à l’autre roi Freddie King (1934-1976), à Magic Sam (1937-1969), à Otis Rush (1935-2018), à John Lee Hooker (1917-2001), Buster Benton (1932-1993), Jimmy Dawkins (1936-2013), Fenton Robinson (1935-1997), Mighty Joe Young (1927-1999), mais aussi dans le monde du rock’n’roll à Chuck Berry (1926-2017) bien sûr, et Eric Clapton (1945) ou Alvin Lee (1944-2013), plus avant encore dans le jazz-rock à Larry Carlton (1948), Robben Ford (1951), Lee Ritenour (1952), John Scofield (1951), le Bireli Lagrène (1966) électrique et à la cohorte de leurs élèves, disciples, héritiers, successeurs, plagiaires ou imitateurs !

Pour conclure, on peut ici rapporter un avis partagé par un grand nombre de musiciens chevronnés qui affirment que pour faire face à toute éventualité lors de séances professionnelles en studio, deux guitares électriques s’imposent : une Fender Telecaster pour la solid body et une Gibson ES-335 semi-hollowbody et le tour est joué : « Avec ça, on fait tout ! », la messe est dite…

 

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