Pre-war

Pas d'instruments trouvés
  1. Accueil
  2. Boutique
  3. Acoustiques
  4. Pre-war

Pre-war

PRE-WAR

D’entre toutes les compagnies de facture instrumentale qui ont participé à l’essor de la guitare à cordes acier, Lyon & Healy sort du lot. En cela qu’elle fut l’une des toutes premières à produire et distribuer des instruments de musique en grande quantité, s’inscrivant ainsi dans la pure ligne économique américaine qu’est le marché de masse, marché dans lequel les entreprises Martin et Gibson s’intégreront certes peu à peu avec force de volonté, mais avec le souci de maintenir une certaine idée de l’artisanat. Lyon & Healy fut fondé en 1864 par Oliver Ditson (1811-1888), distributeur établi à Chicago, George Washburn Lyon (1825- ????) et P. J. Healy (1840- ????), luthiers de leur état. La révolution industrielle aidant, la politique de l’entreprise est de proposer sous plusieurs marques – notamment Washburn, Ditson, Haynes, Bay State, Tilton, etc. – une grande diversité d’instruments, du bas de gamme à US$10 au haut de gamme à US$240. Fabriqués à la chaîne semi-mécaniquement, la qualité de ces instruments, pas nécessairement usurpée par ailleurs, est alors vantée par une communication publicitaire agressive toute pétrie d’autosatisfaction.

Le résultat de cette communication et travail de fond ne se fera pas attendre puisque en 1897, à titre d’exemple, la production annuelle de l’entreprise affiche près de 100 000 guitares, mandolines, cithares et contrebasses, alors même que la production annuelle de Martin atteint alors, au mieux, 1000 guitares en 1919. Au vu de ces chiffres astronomiques, et si l’on considère que l’offre répond à la demande, on envisage mieux le développement sans précèdent des pratiques musicales associées aux instruments précités au tournant du siècle. Si l’on excepte l’introduction autour de 1900 de la guitare ténor, et outre sa propension à saturer ses guitares d’importantes et fines incrustations de nacre, l’apport de Lyon & Healy en matière de guitare à cordes métalliques ne réside précisément que dans son parti pris industriel de fabrication de masse, de distribution et de diffusion, qui a fortement contribué à la démocratisation de l’instrument. Ainsi, au hasard des photographies de la fin du XIXè ou du début du XXè siècle, il n’est pas rare de trouver entre les mains d’un musicien noir ou blanc sans le sou une guitare bas de gamme de Lyon & Healy. Jamais – ou plutôt pas encore – une Martin ou une Gibson. 

Dans la lignée des grandes entreprises telles que Lyon & Healy, citons simplement les compagnies Stewart & Bauer de Philadelphie, Rettberg & Lange et Fred Gretsch Manufacturing Compagny installées à New York, Oscar Schmidt Musical Instrument Compagny de New Jersey City ou encore Sears & Roebuck de Chicago et la Chicago Music Compagny, distribuant parmi cent autres les marques Lange, Paramount, Orpheum, Kay, Biehl, Harmony, etc. Le cas de l’entreprise plus artisanale Maurer & Co fondée en 1886 à Chicago, où ont officié les talentueux frères et luthiers Carl (1876-1946) et Peter (1873-1944) Larson avant de la racheter, mérite d’être mis en exergue. Sous les enseignes Maurer, Prairie State, Stetson, Euphonon, Dyers et Stahl, sont sans doute nées à la toute fin du XIXe siècle et avant les modèles Orville Gibson, quelques-unes des véritables guitares de qualité conçues pour être montées exclusivement en cordes métalliques. Auparavant, l’usage de celles-ci, apparu aux alentours de 1860, était aux risques et périls des guitaristes : Washburn, par exemple, garantissait, dans ses catalogues ses instruments d’à peu près tous les maux excepté du “ravage des cordes métalliques”, d’ores et déjà disponibles sur le marché. Les frères Larson prirent très au sérieux cette nouvelle pratique grandissante chez les musiciens et élaborèrent à partir de la forme de guitare contemporaine de type Martin ou Washburn des instruments aux barrages en bois très résistants, comme le palissandre ou l’ébène, à la table et au dos légèrement bombés mais non sculptés, et comportant une ou deux tiges de métal longitudinales traversantes et rigidifiant la guitare depuis la tête jusqu’au tasseau inférieur. Si les instruments de belle qualité des Larson’s Brothers furent les premiers à répondre à l’attente des musiciens, la dispersion et multiplicité des marques sous lesquelles elles furent commercialisées et le relatif volume de production dont elles bénéficièrent ne leur ont pas permis d’accéder au succès des futures guitares Martin ou Gibson. Il n’en reste pas moins qu’elles sont incontournables dans l’histoire de la guitare acoustique à cordes métalliques et très appréciées des connaisseurs. On peut ajouter sans trop de conjecture que si la maison des Larson’s Brothers avait eu une descendance, elle aurait très sérieusement contrarié les destinées de Martin et Gibson.

Aujourd’hui l’apanage de quelques collectionneurs avisés, les créations de l’ensemble des compagnies suscitées sont à prendre en considération dans la mesure où elle remportèrent un immense succès en leur temps et font encore l’objet d’un culte pour certains, sinon d’un regain d’intérêt chez les musiciens pointus désireux d’instruments vintage originaux.

Retour vers le haut